Manganga ou la RAM pour les nuls

Depuis le 1er octobre 2026, la série Manganga est entrée en diffusion sur un réseau de radios communautaires à travers le Congo profond.

La version audio de cette série consacrée à la Résistance aux antimicrobiens (RAM) est désormais diffusée en français et dans les langues locales. Les premières stations ayant déjà rejoint le dispositive cumulent déjà une audience potentielle de plus de d’un million d’auditeurs. Et le réseau ne cesse de s’élargir.

Cette production, ainsi la diffusion qui s’ensuit est le déroulement d’un plan de communication lancé en amont par une sensibilisation opérée par la task force nationale de la lutte anti RAM. Cette sensibilisation avait par ailleurs aidé à la confection des messages clé utilisés dans les scripts  et scénarii joués par des comédiens et graphistes professionnels. Il faut noter que la task force nationale de lutte anti RAM est composée du point focal national du secteur environnement, du point focal national au secteur santé animale, ainsi que du point focal national au secteur santé humaine.

Écouter les épisodes de Manganga directement dans la playlist suivante.

La playlist ne s’affiche pas? [L’ouvrir directement sur YouTube https://www.youtube.com/playlist?list=PLTuaXmV39Rrs ]

Cette mise en diffusion constitue une nouvelle étape pour Manganga, conçu comme un dispositif de communication pour la santé et de changement de comportement.

La série avait auparavant pris différentes forms.

De la saynète réalisée par le talentueux metteur en scène Amédée Makaka de la prestigieuse Compagnie Théâtre des Intrigants.

[Si la vidéo ne s’affiche pas, regardez-la directement sur YouTube https://youtu.be/SeZEW3pg5BY]

S’en est suivie la déclinaison en livre audio sous le titre Kalmicine, lu avec classe par Ladd’hy-Clark Yona Nginamau,qui est aussi, en dehors de ses occupations scientifiques un excellent orateur donneur de voix. Un livre audio par ailleurs déjà disponible sur YouScribe (disponible en cliquant ici : https://www.youscribe.com/catalogue/livres-audio/litterature/romans-et-nouvelles/kalmicine-episode-1-3813726. ) depuis près d’un an.

[Si la vidéo ne s’affiche pas, regardez-la directement sur YouTube https://youtu.be/W36IjmKTOXU?si=jxHTn4wOVT00j6Z5]

Le graphiste Alain Dinsundi s’est associé à la dynamique pour en faire une puissante bande dessinée (BD).

Une BD déjà disponible, que nous projetons de distribuer gratuitement aux écoliers et à d’autres publics.

Comme on le voit : une même séquence, déclinée sur plusieurs formats, tout cela pour ratisser large.

Manganga. Résistance aux antimicrobiens. RAM. Ce n’est pas un alignement d’hashtags pour entrer dans l’air du temps.

Manganga c’est un travers, une pratique, mais aussi un vocable populaire, ancré dans nos langues et nos réalités, qui s’est largement diffusé dans les langues transcongolaises.

Derrière ce mot, il y a une réalité beaucoup moins légère : des médicaments vendus, consommés ou prescrits de manière abusive ou inappropriée. Et parfois même fabriqués dans des conditions qui posent question.

La résistance aux antimicrobiens (RAM) n’est donc pas une affaire lointaine, réservée aux laboratoires ou aux spécialistes. Elle touche nos familles, nos communautés et nos systèmes de santé. Au quotidien, dans les deux Congo comme dans le reste de l’Afrique.

Se taire, c’est accepter une cause de mort de trop — une cause que nous pouvons contribuer à prévenir.

Manganga c’est notre manière d’en parler autrement : communication pour la santé, Entertainment-Education, science et culture, au service d’un objectif simple : mieux vivre.

Pour mieux comprendre cette réalité,Pour mieux comprendre cette réalité, rien de tel que la séquence pédagogique sur la RAM avec Dr Tatiana Banze.

Dr Tatiana Banze est médecin vétérinaire au Laboratoire Vétérinaire Central de Kinshasa. Elle avait volontiers accepté d’adopter un langage volontairement pédagogique, adapté au plaidoyer mené devant un parterre de convives réunissant décideurs politiques et grand public.

« La résistance aux antimicrobiens ne concerne pas que la santé humaine »

Le concept « Résistance aux antimicrobiens » est composé de trois mots autour desquels nous parlons des médicaments. Peut-être d’autres ne savent pas que la santé humaine est en relation avec la santé animale, la santé des plantes, mais aussi avec la santé de l’environnement. Tout ce que nous menons comme activités est au fait pour le bien-être humain.

Quand nous mangeons ce qui n’est pas bien, nous tombons malades. Quand nous vivons dans un lieu d’assainissement et dans un milieu qui n’est pas assaini, nous tombons aussi malades. Et quand nous mangeons des animaux ou des plantes qui ne sont pas bien traités ou surveillés, nous tombons malades.

L’automédication et la recherche d’une guérison rapide

On ne soigne pas que les humains. On soigne aussi les animaux, on soigne aussi les plantes. Alors, quand il y a des maladies, soit les animaux, soit les plantes, et aussi les humains, on recourt à ce qu’on appelle les médicaments.

Malheureusement, quand nous ne nous sentons pas bien, par souci de vouloir guérir vite, nous pouvons nous-mêmes faire des pharmacies de proximité : « Oh, j’ai besoin de faire ceci. » On ajoute les conseils de l’entourage et l’on peut prendre un produit sans savoir exactement de quoi on souffre.

En recherchant à vite guérir, malheureusement, on ne s’oriente pas toujours correctement. Et qui va nous dire si c’est grave ou pas ? Ce n’est pas le vendeur des médicaments dans la pharmacie qui devient directement notre médecin. C’est ça, en fait, le problème.

Quand vous prenez un produit qui n’est pas bon, ou une dose inadaptée, certains microbes peuvent être éliminés alors que d’autres peuvent survivre. Lors du prochain traitement, ils peuvent développer ce qu’on appelle la résistance.

Une résistance qui concerne l’ensemble de la chaîne de santé

Quand on parle de résistance aux antimicrobiens, j’insiste : ça ne concerne pas que la santé humaine. C’est aussi une question de mauvaises habitudes enracinées : c’est vous-même qui décidez, qui allez à la pharmacie et qui demandez les produits, sans passer par le médecin.

Mais qu’en est-il des plantes ? Qu’en est-il des animaux ? Eux aussi reçoivent des soins.

Santé animale, élevage et sécurité alimentaire

Un animal malade peut aussi avoir des conséquences sur ce que nous consommons. En santé animale, nous avons des aliments qui doivent être vendus, et nous pouvons nous retrouver devant des animaux qui sont malades.

Le vétérinaire est là pour accompagner les éleveurs et suivre les animaux. Mais il faut aussi que les traitements soient correctement suivis.

Respecter les traitements et les délais avant la consommation

Quand nous mangeons un animal qui est sous traitement, directement, ça favorise aussi la résistance. Quand nous mangeons des plantes qui ont encore des résidus de produits, c’est un problème.

Que l’animal soit malade ou sous traitement, normalement, il ne doit pas être mangé avant le respect du délai requis pour finir le traitement. Il en est de même pour nous : quand nous nous sentons bien, nous ne devons pas simplement garder un médicament pour le prochain malade sans savoir si c’est la même maladie.

Nous allons continuer à manger. Mais nous allons faire ce qui est proposé : nous devons finir nos cures. Nous devons aussi dire aux éleveurs et aux vétérinaires de respecter les traitements des animaux et de s’adresser aux professionnels compétents pour être orientés.

L’environnement aussi est concerné

À part la santé humaine, la santé animale et la santé végétale, il y a l’environnement, qui reçoit les déchets. Les boîtes de médicaments périmés, entre autres, ou ceux dont on n’a pas fini la cure, sont parfois jetés dans les poubelles.

Tout ce que nous faisons nous revient quelque part. Nous avons des plantes, nous avons des animaux qui peuvent être affectés par ce qui arrive dans l’environnement.

Les médicaments comme patrimoine collectif

C’est un problème qui paraît anodin, mais qui est très sérieux. Les médicaments, je vous informe que c’est un patrimoine, ce sont des biens publics.

Si nous n’utilisons pas bien les médicaments aujourd’hui, il va se faire que d’ici à quelques années, nous aurons plus de mal à pouvoir de nouveau utiliser ces mêmes médicaments pour guérir les maladies associées.

Récemment, je rentre d’un voyage dans un autre pays africain où on m’a présenté un malade qui venait de décéder car la prise en charge de sa maladie ne répondait plus à aucun traitement pourtant indiqué pour la pathologie dont il était atteint. Autrement dit, les microbes responsables de sa maladie ne répondaient plus aux traitements appropriés.

Le lien entre consommation animale et résistance

Les animaux aussi tombent malades et nous devons avoir des données d’origine animale. Si les animaux ne sont plus en mesure d’être guéris, cela devient un problème.

Si vous consommez un animal en plein traitement, ça signifie que vous n’avez pas seulement consommé l’animal, vous avez aussi consommé le médicament.

Dans notre organisme, il y a ce qu’on appelle le microbiote. Il y a des bactéries qui aident à ce que nous puissions dégrader tout ce que nous mangeons. Alors, ces bactéries-là, nous les appelons les bonnes bactéries.

La qualité, le stockage et la réglementation des médicaments

Au-delà de la surutilisation, au-delà de notre respect des prises, il y a aussi la qualité du médicament. Il y a aussi ce qui a trait à la réglementation sur l’accès au médicament, sur la vente et même sur la qualité.

Il y a deux façons recommandées de vendre des médicaments. Les médicaments ont aussi leurs caprices. Il faut bien les conditionner. Certains sont protégés de la lumière ou de la chaleur pour réduire l’effet du rayon solaire sur le produit.

Actuellement, dans certains pays, on ne peut pas acheter l’antibiotique sans ordonnance. Ces exemples montrent l’importance d’une réglementation de l’accès à certains médicaments.

La vaccination comme moyen de prévention

Il y en a qui disent que les vaccins ce n’est pas bon. Les vaccins aident pourtant à réduire l’effet des maladies.

Autant on vaccine en santé humaine, autant on vaccine aussi chez les animaux. Sans vaccination, les animaux ou les humains se trouvent à la merci de la maladie.

La communication : transmettre la bonne information, au bon public

Les médicaments qu’on nous donne doivent être de qualité. Il y a des services en charge.

Communiquer, c’est bien, mais il faut avoir la bonne communication. Nous l’avons vécu avec Covid-19. Quand c’est arrivé, il y a eu trop de spéculations.

Il faut donc transmettre l’information, mais de la bonne information, celle qui est bien traitée et qui est adaptée au public cible.

La manière dont nous allons parler dans un auditoire est différente de la manière dont nous allons parler avec des mamans maraîchères. Vous remarquerez que quand une personne est au bout, soit de la colère ou de la maladie ou de quelque chose, c’est dans sa langue maternelle qu’elle parle. D’où nous saluons l’utilisation des langues locales pour sensibiliser efficacement dans la lutte contre la RAM.

« Nous tous sommes décideurs »

Ici parmi nous, nous avons des décideurs, des politiques. Mais ils ne sont pas les seuls décideurs que nous ayons ici : nous tous sommes décideurs.

Parce que quand on me donne l’antibiotique par le médecin, c’est à moi, la maman, de faire en sorte que mon enfant le prenne comme il se doit et qu’il finisse sa cure.

Quand il y a des maladies dans les élevages, c’est au vétérinaire qui consulte dans cette ferme de suivre. Je conviens que le processus est parfois plus complexe que cela, mais ça, c’est la base de tout. Nous tous, nous sommes concernés par les médicaments.

Une menace pour la santé publique et la sécurité alimentaire

Ne prenons pas ça comme un problème qui nous concerne seuls : c’est un problème qui concerne tout le monde.

Parce que si nous n’avons plus de quoi soigner, nous n’aurons plus de vie, nous n’aurons plus de survie parce que nous aurons un problème de sécurité alimentaire et aussi de santé.

Si celui qui est atteint d’une maladie contagieuse n’est pas soigné à temps, le risque de contamination du reste de son entourage est extrêmement élevé. Et s’il n’y a aucun autre mécanisme pour couper cette chaîne de transmission, le reste de la population en sera victime.

La plupart d’entre nous avons souvent tendance à ignorer que les animaux aussi tombent malades, et que certaines de leurs pathologies traversent les frontières des espèces pour affecter l’espèce humaine et l’environnement. Et quand l’animal n’est pas aussi bien soigné, le reste de l’écosystème l’entourant est aussi plus ou moins impacté.

Préserver les médicaments et changer les comportements

Nous sommes donc appelés à préserver l’orthodoxie des politiques médicamenteuses : respecter nos cures, nous en procurer rien qu’auprès des espaces ou entités autorisées, et cela bien après s’être fait consulter par des spécialistes patentés.

Pour le bien de tous, nous sommes appelés à beaucoup réfléchir pour adopter des agirs à même de perdurer et à induire un véritable changement de comportement.

Suivre l’intégralité de l’intervention de Dr Tatiana Banze.

[Ouvrir la vidéo directement sur YouTube https://youtu.be/osPSt-o72W4?si=GqxzkoqtdMXEEhF6]

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