La Route Au Jour Le Jour – épisode 9
À l’occasion du retour du SABDAM à Kinshasa, je voudrais parler de la bande dessinée autrement. Non pas seulement comme un art, mais comme un outil de communication que j’ai eu l’occasion d’utiliser concrètement sur le terrain.

Du 11 au 13 septembre 2026, Kinshasa accueillera la 2ᵉ édition du Salon Africain de la Bande Dessinée et de l’Autre Muzik (SABDAM). Porté par l’ACRIA, le salon aura pour thème « Bomoyi, kaka se bomoyi ! » — La vie, rien que la vie ! — et entend réunir à Kinshasa des créateurs congolais, africains et internationaux.

Ce retour est une bonne occasion de parler de la BD autrement. Car, dans mon parcours, la bande dessinée n’a jamais été uniquement un objet culturel. Elle a aussi été un outil de communication.
Et plus particulièrement, un outil de sensibilisation communautaire.
Une vieille idée, mais une pratique qui mérite encore d’être développée
Bien souvent, on réduit la BD africaine à une logique de survie par l’approche des organisations, des ONG et des institutions qui l’utilisent pour transmettre des messages de sensibilisation, de santé, de citoyenneté, de droit ou de développement. Mais, au-delà du caractère parfois cliché de cette approche, il faut aussi s’interroger sur le bénéfice concret que nos communautés peuvent en tirer.
Autrement dit, la BD peut être un produit culturel. Mais elle peut également devenir un média au service d’une cause ou d’un objectif de communication.
Cette deuxième dimension est celle dans laquelle je me reconnais le plus.
Une feuille A4 peut parfois faire beaucoup
Dans mes expériences de terrain, j’ai souvent été confronté à une question très simple : Comment faire pour qu’un message de sensibilisation ne disparaisse pas au moment même où la radio cesse de le diffuser ou que la vidéo se termine ?
La réponse peut sembler toute simple : donner au public quelque chose qu’il peut garder. C’est notamment ce qui m’a amené à utiliser des petites bandes dessinées de sensibilisation. Pas nécessairement de gros albums. Pas forcément des ouvrages coûteux. Parfois, une simple feuille A4, organisée en quelques cases, pliée et facilement reproductible. Des organisations comme RCN Justice et Démocratie avaient largement utilisé ce format.


Ce format présente un avantage considérable : il est léger, peu coûteux, facile à transporter et surtout facile à distribuer massivement. Mais son véritable intérêt est ailleurs. Le message reste dans les mains du public.
Ce que la radio ne permet pas toujours
Prenons un épisode radiophonique. L’émission passe à 8 heures. Vous êtes au marché. Vous êtes au travail. Vous êtes en déplacement. Vous avez entendu les premières minutes, mais pas la fin. Ou bien vous avez entendu le message, mais vous n’avez pas tout retenu. Et lorsque l’émission est terminée, il n’est pas toujours possible de revenir en arrière. La station de radio a sa propre programmation. Elle ne vous appartient pas. Vous ne pouvez pas lui dire : « Repassez-moi cet épisode, j’aimerais réécouter le passage sur la prévention. »
Même lorsqu’une émission est rediffusée, cela dépend de la programmation de la station. Avec une BD distribuée gratuitement, la logique change complètement.
Le document vous appartient.
Vous pouvez le garder. Le relire. Le montrer. Le prêter. Le conserver quelques jours. Y revenir lorsque vous en avez besoin. Et surtout, vous pouvez le faire circuler.
C’est exactement ce que j’ai expérimenté avec Oyé
En 2021, j’ai produit la série Oyé. Mais nous ne nous sommes pas contentés de produire la série audio. Nous avons également adapté chaque épisode en bande dessinée. Et nous l’avons fait dans plusieurs langues. La première saison a ainsi été produite en français, lingala, swahili et kikongo. Pas encore en tshiluba pour cette première saison.


L’objectif était très concret : faire en sorte que le message entendu à la radio puisse également devenir un objet que la communauté pouvait conserver. Chaque BD venait ainsi prolonger l’épisode radiophonique. La radio racontait. La BD permettait de revenir sur ce qui avait été raconté. La radio touchait l’auditeur dans le temps de diffusion. La BD prolongeait la durée de vie du message.
Et surtout, les bandes dessinées étaient distribuées gratuitement aux communautés.
La BD ne remplace pas la radio : elle la prolonge
C’est un point auquel je tiens beaucoup. Je ne considère pas la BD comme un concurrent de la radio. Au contraire. Les deux médias peuvent se compléter.
La radio possède une force extraordinaire : elle raconte, elle fait entendre des voix, elle crée une présence, elle peut toucher simultanément des milliers de personnes. Mais elle est fugitive. La BD possède une autre force : elle reste.
Elle permet de revoir une information. De retrouver un personnage. De relire une recommandation. C’est ce que l’on appelle la maniabilité. Plus que cela, la BD sert aussi de « montrer » une scène à quelqu’un d’autre. Ainsi, dans une stratégie de communication comportementale, il est parfaitement possible de faire fonctionner plusieurs supports ensemble : radio + BD + vidéo + communication interpersonnelle. Le même message peut être entendu, vu, lu, puis discuté.
Et cette répétition par différents canaux peut renforcer considérablement sa mémorisation.
Un message que l’on peut garder devient un message que l’on peut partager

Il y a encore un autre avantage. Lorsque vous distribuez une BD à quelqu’un, vous ne savez pas nécessairement combien de personnes la liront. Vous donnez un exemplaire à un élève. Il le ramène à la maison. Son petit frère le lit. Sa sœur le regarde. Le père tombe dessus. La mère demande ce que raconte l’histoire. Une discussion commence. Même chose avec une maman au marché. Elle reçoit la BD. Elle la met dans son sac. Elle rentre chez elle. Elle la pose sur la table. Quelqu’un d’autre la découvre. Un exemplaire peut donc toucher plusieurs personnes. C’est ce que j’appelle volontiers la circulation sociale de la BD.
Une BD de sensibilisation est un objet social
C’est peut-être l’une des caractéristiques les plus intéressantes de ce format. Un album classique, gros et cartonné, peut être un objet de lecture très personnel : on l’achète, on le lit, puis on le range. La petite BD de sensibilisation, surtout lorsqu’elle est conçue dans un format simple, peu coûteux et facilement reproductible, peut fonctionner autrement. Elle n’est pas seulement un support que l’on consulte ; elle peut devenir un objet qui circule.
Cette dimension rejoint directement les réflexions du professeur Hilaire Mbiye Lumbala sur la bande dessinée et le lien social en Afrique. Pour lui, la BD ne doit pas être considérée uniquement comme une œuvre artistique : elle est aussi un média au service de la société. Elle informe, forme et divertit, mais elle constitue également une pratique culturelle et un dispositif de lien social. Elle met en relation le public avec le monde représenté, tout en pouvant relier des générations, des groupes et des communautés de lecteurs. Dans le contexte africain, Hilaire Mbiye souligne en outre sa capacité à toucher des publics qui n’ont pas nécessairement une forte culture de la lecture ou qui n’ont pas accès à la télévision. La BD de sensibilisation n’est donc pas un simple document illustré : elle peut être un véritable média de proximité.
Cette idée éclaire particulièrement ce que j’ai observé sur le terrain. Une petite BD peut être lue seul, mais elle ne s’arrête pas à cette lecture individuelle. Elle peut être montrée à quelqu’un d’autre, prêtée, commentée, racontée, relue. Elle peut passer d’un enfant à son frère, d’un élève à ses parents, d’une maman à son mari, d’un participant à son voisin. Elle peut quitter le lieu où elle a été distribuée, entrer dans une maison et circuler dans un quartier. Autrement dit, le lecteur n’est pas nécessairement le destinataire final : il peut devenir, volontairement ou non, un relais du message.
Il y a là une différence importante avec les médias dont la réception est fortement liée au moment de diffusion. Une émission de radio peut être entendue par plusieurs personnes au même instant, mais sa diffusion impose son propre temps. La BD, elle, laisse au lecteur la possibilité de choisir son moment, son rythme et le nombre de fois qu’il souhaite revenir sur une scène ou une information. Hilaire Mbiye insiste justement sur cette dimension particulière de la BD : le lecteur participe à la construction du sens entre les cases. Pour un outil de sensibilisation, cette liberté est précieuse : on peut relire, expliquer une case à quelqu’un, revenir sur un personnage, discuter d’une situation et confronter sa propre compréhension à celle des autres.
C’est pourquoi la petite BD distribuée gratuitement peut devenir un objet social à part entière. Vous donnez un exemplaire à un élève : il le ramène à la maison ; son petit frère le lit ; sa sœur regarde les images ; le père tombe dessus ; la mère demande ce que raconte l’histoire. Une discussion peut naître. Vous donnez la même BD à une maman au marché : elle la met dans son sac, rentre chez elle, la pose sur la table et quelqu’un d’autre la découvre. Un seul exemplaire peut ainsi produire plusieurs lectures et plusieurs conversations. Ce que j’appelle la « circulation sociale de la BD » n’est donc pas seulement la circulation physique du papier : c’est aussi la circulation du récit, des images, des questions et des interprétations.
Et c’est précisément là que le caractère populaire de ce format prend tout son sens. La BD de sensibilisation n’a pas besoin d’avoir l’apparence solennelle d’un document institutionnel pour être utile. Elle peut être légère, familière, accessible et suffisamment proche des habitudes de lecture du public pour être appropriée. Elle peut même devenir un objet que l’on conserve sans avoir le sentiment de conserver une « brochure de sensibilisation ».
La dernière case de la BD n’est donc pas nécessairement la fin du message. Elle peut être le début d’une conversation. Et lorsque cette conversation quitte le lecteur initial pour atteindre la famille, les amis, les voisins ou les collègues, la BD cesse d’être seulement un support de communication : elle devient un petit objet de lien social.
Référence : Hilaire Mbiye Lumbala, « La bande dessinée et le lien social en Afrique », dans Bande dessinée et lien social, sous la direction d’Éric Dacheux, CNRS Éditions, 2014, p. 105-109 (texte initialement publié dans Hermès, n° 54, 2009).
Une tradition congolaise existe déjà
Cette utilisation de la BD n’est d’ailleurs pas étrangère à l’histoire congolaise.
Au début des années 1990, la bande à Barly Baruti participe à la création du CRIA (Centre de Recherche et d’Initiation aux Arts) devenu par la suite l’ACRIA (Atelier de Création, Recherche et Initiation à l’Art ). Le CRIA organisera avec faste le premier Salon Africain de la Bande Dessinée et de la Lecture Jeunesse qui se tiendra du 5 au 17 août 1991 à Kinshasa, dans l’espace qui abrite aujourd’hui l’Ambassade de France.



Par la suite, l’ACRIA tentera d’organiser d’autres éditions de ce salon, éditions un peu ternes, mais qui participeront quand même à faire de Kinshasa un important foyer du neuvième art africain.
Par après, le projet Sésam (Service pour l’éducation, le savoir et l’appui à la maitrise et à l’usage du Français) lancera en 2010 le festival Kin Anima Bulles.

Alors que je faisais partie du comité d’organisation de la 2è édition de Kin Anima Bulles, avec Thembo Kash, Asimba Bathy, Barly Baruti, Kibushi Ndjate, Sésam se désengagea puis le festival dépérit.
Quelques six ans après, un autre événementiel BD surgit le Salon Liyemi (du lingala, koyema = dessiner, et liyemi = dessin).

J’étais contributeur de la deuxième édition de Liyemi en 2018 avec Barly, Dan Bomboko, Cassiau-Haurie et Mola Boyika.


Et, l’année d’après, Barly Baruti et l’ACRIA prirent le rélais pour mettre en place un concept un peu plus jazzy en y annexant de la musique, et c’est ainsi que nous parlons de la première édition du SABDAM (Salon Africain de la Bande Dessinée et de l’Autre Muzik).

Le retour du salon en septembre 2026 n’est donc pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une tradition congolaise de création, de formation et de diffusion de la bande dessinée.
Mais cette histoire possède une autre dimension qui m’intéresse particulièrement : celle de la BD qui sort du monde artistique pour aller à la rencontre des communautés.
Kinshasa connaît déjà cette culture de la BD populaire
Cette logique de circulation n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle à Kinshasa. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les petites BD populaires avaient une place particulière dans la culture urbaine. Des titres comme O Nzela ya BDD, Nguma ameli mwana mwasi, Djo F et d’autres circulaient largement. Elles étaient accessibles. Elles coûtaient peu. Elles se prêtaient. On les lisait puis on les faisait lire. On en parlait. On les commentait. On pourrait presque parler de BD de commérage.
Et pour une fois, le mot « commérage » peut être débarrassé de sa connotation négative. Parce que le commérage, dans son sens le plus élémentaire, est aussi une forme de circulation sociale de l’information. On lit une histoire. On la raconte. On la transmet. On la commente. Et la personne suivante s’y intéresse.
C’est exactement cette mécanique sociale qui peut rendre une BD de sensibilisation particulièrement intéressante.
La petite BD plutôt que le gros manuel
C’est aussi pour cette raison que le format m’intéresse. Une BD de sensibilisation n’a pas nécessairement besoin d’être un ouvrage de plusieurs dizaines de pages. Elle peut tenir sur une feuille. Elle peut être photocopiée ou imprimée en grand nombre. Elle peut être distribuée gratuitement. Elle peut être transportée facilement. Et surtout, elle ne donne pas nécessairement au lecteur l’impression d’être devant un document institutionnel qu’il faudrait lire sérieusement du début à la fin.
Elle paraît plus légère. Plus familière. Plus accessible. Plus populaire. Et cela compte énormément lorsqu’on veut toucher des communautés.
Mais il faut éviter la « brochure déguisée »
Cela ne signifie pas que n’importe quel document illustré devient automatiquement une bonne BD de sensibilisation. C’est même l’un des principaux pièges. Une BD peut être graphiquement belle et pourtant être mauvaise comme outil de communication. Si les personnages parlent comme des fonctionnaires…
Si chaque bulle récite une recommandation… Si l’histoire n’existe que pour faire passer le message… Le lecteur le sent immédiatement. La BD doit rester une BD. Elle doit raconter. Créer des situations. Faire vivre des personnages. Susciter de l’émotion. Faire sourire parfois. Créer une tension. Donner envie de connaître la suite.
Le message doit vivre à l’intérieur de l’histoire.
C’est ici que les compétences de scénariste, de communicant et de concepteur de contenus deviennent essentielles.
De la vidéo à la BD, de la radio à la BD
Dans mes missions de sensibilisation communautaire à l’intérieur du pays, j’ai également utilisé la BD comme support complémentaire à d’autres médias. Une vidéo peut montrer. Une série audio peut raconter. Une émission radio peut expliquer. Une animation communautaire peut faire discuter. Et la BD peut rester entre les mains du participant. Elle peut devenir une sorte de trace physique du message. Une sorte de posologie de référence à laquelle on peut recourir à tout moment.
C’est particulièrement intéressant lorsque les moyens de communication sont limités. On n’a pas besoin d’une connexion Internet. On n’a pas besoin d’un smartphone. On n’a pas besoin d’une plateforme numérique. On n’a même pas besoin d’électricité.
Une feuille suffit.
Et cette feuille peut continuer à communiquer longtemps après la fin de l’activité.
En 2021, Oyé m’a permis d’aller plus loin
L’expérience Oyé m’a particulièrement conforté dans cette approche. Adapter chaque épisode en BD et le produire dans plusieurs langues n’était pas simplement une opération de traduction. Il fallait conserver la logique narrative tout en permettant au contenu de fonctionner dans la langue du public. Le choix du français, du lingala, du swahili et du kikongo répondait précisément à cette volonté d’aller vers les communautés dans leurs propres espaces linguistiques. Et surtout, le contenu ne devait pas rester enfermé dans le support radiophonique.
L’épisode pouvait être entendu. La BD pouvait être gardée. Les deux pouvaient être utilisés ensemble. C’est là que je vois toute la richesse d’une approche multimédia de la sensibilisation.
La BD comme outil de Communication for Behaviour Change
Cette expérience rejoint d’ailleurs une conception plus large de mon travail : utiliser les médias non simplement pour transmettre de l’information, mais pour favoriser la compréhension, la discussion et, lorsque c’est l’objectif, le changement de comportement. La BD peut parfaitement trouver sa place dans cette démarche. Elle permet de mettre en scène un problème. De montrer les conséquences d’une mauvaise pratique. De faire apparaître un personnage qui hésite. D’en montrer un autre qui adopte une meilleure pratique. De créer une situation dans laquelle le public peut se reconnaître.
Elle peut donc faire beaucoup plus que dire : « Faites ceci. » Elle peut montrer : « Voilà ce qui peut se passer. » Et cette différence est essentielle.
Ce que je retiens de mes expériences
Après plusieurs utilisations de la BD dans des contextes de sensibilisation, je ne la considère donc plus comme un simple support graphique. Je la considère comme un média à part entière. Un média particulièrement intéressant lorsqu’il est :
- simple ;
- accessible ;
- produit dans la langue du public ;
- facile à distribuer ;
- gratuit ou très peu coûteux (dans le cadre humanitaire);
- complémentaire d’autres médias ;
- au souhait indépendants d’autres médias ;
- et surtout, capable de rester dans les mains du public.
La question n’est finalement pas seulement : « Est-ce que la population a vu notre campagne ? » Il faut aussi pouvoir demander : « Qu’est-ce qui reste après la campagne ? »
Dans certains cas, ce qui reste peut être une vidéo. Dans d’autres, un enregistrement audio. Mais parfois, cela peut être tout simplement une feuille de papier pliée en quatre. Et cette feuille peut continuer à parler.
Le retour du SABDAM : une occasion de repenser les usages de la BD

C’est pourquoi le retour du SABDAM à Kinshasa m’intéresse particulièrement. Le salon permettra évidemment de célébrer les créateurs, les dessinateurs, les scénaristes et le neuvième art. Mais il peut aussi être l’occasion de poser une question plus large : Que peut encore faire la bande dessinée pour nos sociétés ?
Elle peut divertir. Elle peut raconter notre histoire. Elle peut dénoncer. Elle peut faire rire. Elle peut transmettre notre mémoire. Elle peut créer des vocations. Elle peut constituer une industrie culturelle. Mais elle peut aussi éduquer, sensibiliser et accompagner des programmes de communication. Et cette dimension mérite, à mon avis, d’être davantage développée en Afrique.
De la dernière case à la communauté
C’est peut-être finalement cela que mes différentes expériences m’ont appris. La BD n’est pas seulement un ensemble de cases enfermées entre une couverture. Lorsqu’elle est pensée pour la sensibilisation, elle peut devenir un objet de circulation. Elle quitte le bureau du communicateur. Elle arrive dans les mains d’un participant. Puis elle rentre dans une maison. Elle passe à un enfant. Elle est montrée à un voisin. Elle est commentée au marché. Elle accompagne une discussion. Et, quelque part, quelqu’un qui n’était même pas le destinataire initial finit par la lire. La dernière case n’est donc pas toujours la fin. Elle peut être le début d’une conversation.
Et c’est peut-être là que réside l’une des plus grandes forces de la bande dessinée comme outil de communication communautaire.
Une précision sur mon parcours
Je ne revendique pas ici d’avoir inventé l’utilisation de la bande dessinée pour la sensibilisation. Bien au contraire. Les travaux consacrés à la BD africaine montrent que cette fonction existe depuis longtemps et que des institutions et organisations ont largement utilisé le neuvième art à des fins éducatives et sociales.
Ce que je revendique, en revanche, c’est une expérience concrète et prolongée de son utilisation comme outil de communication communautaire, l’adaptation de contenu audio et vidéos en BD multilingues et mes différentes expériences de terrain. C’est cette pratique qui m’amène aujourd’hui à considérer la bande dessinée non seulement comme un art, mais comme un véritable outil de communication au service des communautés.
Et alors que Kinshasa s’apprête à célébrer à nouveau le neuvième art avec le SABDAM, je trouve que c’est peut-être le bon moment pour rappeler que la BD congolaise peut aussi sortir des salons, des galeries et des librairies pour aller là où se trouvent les gens. Dans les écoles. Dans les marchés. Dans les quartiers. Dans les familles. Sur le terrain. Et parfois, tout cela peut commencer par une simple feuille A4.
