LRAJLJ-04 | Je découvre la communication – AC Part1

Radio, interventions, Commission des communications sociales, Moninga, graphisme, bibliothèque.

N’ayons pas peur des mots : à une certaine époque, j’étais engagé dans ce que j’appellerais aujourd’hui du militantisme communicationnel.

Tout avait commencé presque par hasard.

À l’époque, mes activités artistiques m’avaient conduit dans une concession où je devais livrer une œuvre d’art. Cette propriété abritait également Radio Elikya, la radio catholique de Kinshasa.

C’est là que je croisai le rédacteur en chef de la station.

Il s’intéressa à mon travail et, après que je lui eus expliqué, hors micro, le processus créatif que j’utilisais, il me proposa de m’accorder une courte interview.

Mais, visiblement, il entrevoyait déjà autre chose dans cette conversation.

Il me dit qu’il pourrait en faire un sujet assez original pour son journal de la mi-journée.

Lors de la mise en bouche avant l’interview, il me donna d’ailleurs un conseil qui allait me rester :

« À la radio, pour avoir l’avantage, il faut se montrer loquace et éviter les temps morts. »

Je pris le conseil au sérieux.

Et, semble-t-il, je réussis plutôt bien le pari.

L’intervention intéressa également l’un de ses collègues, feu Médard Kenge-Kenge, qui m’invita à intervenir régulièrement dans ses tranches d’animation dominicales, où il était souvent seul au micro.

C’est ainsi que je fis mes premiers pas à la radio.

Mais je n’allais pas y rester longtemps au simple rang d’intervenant.

Au fil des émissions, des rencontres et des contributions, mon implication s’élargit. On me confia notamment l’animation de l’émission hebdomadaire de la Commission diocésaine des communications sociales, à laquelle vinrent s’ajouter d’autres participations radiophoniques, notamment sur des sujets plus éditoriaux.

La radio fut aussi pour moi un formidable terrain d’apprentissage technique. J’y découvris notamment le design sonore et le montage audio, des compétences que je perfectionnerais bien plus tard dans mon parcours, notamment lors de mon passage à Population Media Center.

Et, comme je ne savais décidément pas laisser une compétence tranquille, j’y apportai aussi mon expérience du graphisme et de la sérigraphie. À l’occasion de l’anniversaire de la radio, mon atelier réalisa ainsi le marquage des tenues qui servaient d’uniformes à l’équipe.

Encore aujourd’hui, lorsqu’il m’arrive de voir un ancien de la radio porter une de ces tenues avec ma conception sérigraphique, cela flatte un tout petit peu mon ego.

La radio commençait donc à devenir pour moi plus qu’un lieu où l’on venait parler.

Elle devenait un espace où je pouvais apprendre à communiquer, à structurer une idée, à tenir une audience et à faire passer un message.

De la radio à la communication sociale

C’est justement dans ce contexte qu’un dimanche, alors que nous étions en studio, le directeur des programmes vint nous surprendre.

Il s’intéressa à son tour à l’intervenant que j’étais et, surtout, me parla d’une structure qu’il dirigeait : la Commission diocésaine des communications sociales.

C’était probablement la première fois que j’entendais parler d’une telle commission.

En rentrant chez moi, une question me vint naturellement :

Est-ce qu’une structure de ce genre existait aussi dans ma communauté ?

La réponse était non.

Je proposai donc au responsable de ma communauté de m’en occuper.

Il accueillit l’idée avec enthousiasme : voir un jeune vouloir s’investir dans la vie communautaire n’était manifestement pas si courant.

Mais je ne voulais pas me contenter d’un titre ou d’une fonction.

Je voulais savoir ce qu’il y avait réellement à faire.

Grâce aux contacts que j’avais noués au niveau diocésain, je récupérai un cahier des charges assez précis sur le rôle que pouvait jouer une cellule de communications sociales dans une communauté locale.

Une commission qui n’intéressait presque personne

Cette commission n’était d’ailleurs pas nouvelle.

Auparavant, on parlait de « Commission des Mass Media ».

Et, il faut bien le dire, ce n’était pas exactement la fonction qui faisait rêver.

À une époque où certains cherchaient naturellement les responsabilités les plus visibles et les plus prestigieuses, les communications sociales figuraient plutôt parmi les commissions laissées pour compte.

Il arrivait même qu’on ne pense pas à l’aligner lorsqu’il fallait constituer les différentes équipes.

Le changement de nom — de « Mass Media » à « Communications sociales » — n’avait d’ailleurs pas miraculeusement changé les choses.

Moi, cela m’arrangeait presque.

Il y avait de la place.

Et surtout, il y avait quelque chose à construire.

Je me mis alors à fréquenter assidûment les rencontres diocésaines de communications sociales, organisées environ tous les deux mois.

Ces rencontres étaient une véritable école.

Les responsables venus de différents quartiers y partageaient leurs expériences, leurs initiatives, leurs difficultés et leurs idées. Ceux qui manquaient de ressources ou d’inspiration pouvaient y puiser des solutions imaginées ailleurs.

La commission diocésaine organisait notamment des formations sur la vidéo et sur la conception de bulletins communautaires.

C’est là que je compris qu’une petite équipe locale pouvait faire beaucoup avec relativement peu de moyens.

« Moninga »

De retour dans ma communauté, je proposai donc de lancer un bulletin.

Nous l’appelâmes Moninga.

L’idée fut accueillie avec enthousiasme.

Je réunis autour de moi quelques jeunes qui partageaient cette même envie de faire quelque chose. Nous formâmes notre petite cellule de communications sociales.

Nous ne travaillions essentiellement que les dimanches.

Mais nous travaillions avec une énergie incroyable.

Je mis notamment mon iMac à disposition pour la rédaction et la mise en page du bulletin.

Et *Moninga* finit par dépasser largement les limites de notre communauté.

Le bulletin était envoyé par courrier électronique à d’anciens habitants du quartier qui vivaient désormais en Allemagne, en France, en Belgique et ailleurs.

Nous avions découvert quelque chose de puissant :

la communication pouvait reconnecter une communauté géographiquement dispersée.

Des personnes qui avaient quitté le quartier depuis des années pouvaient continuer à suivre ce qui s’y passait.

Le bulletin devenait une sorte de fil invisible entre ceux qui étaient partis et ceux qui étaient restés.

Quand la communication devient un écosystème

Mais nous ne nous sommes pas arrêtés au bulletin.

J’y ai progressivement mobilisé toutes mes ressources créatives : rédaction, illustration, graphisme, mise en page…

J’ai notamment conçu le pagne de la communauté.

Il fut imprimé en plusieurs exemplaires et les membres vivant à l’étranger en commandèrent même des lots.

Aujourd’hui encore, plusieurs années après, il m’arrive de croiser des personnes que je ne connais pas portant des chemisiers ou des robes taillés dans ce pagne.

J’ai parfois envie de les arrêter :

« Hé ! C’est moi qui ai conçu ce pagne ! »

Mais non, je plaisante.

Je me vois plutôt comme un designer Adidas qui, des années après avoir dessiné un maillot, voit une équipe entrer sur le terrain en le portant.

Il y a évidemment un peu de flatterie pour l’ego.

Mais il y a surtout quelque chose de plus intéressant : voir une création quitter son écran ou son atelier et entrer dans la vie des gens.

Et ce premier travail ne resta d’ailleurs pas sans suite. Il m’ouvrit la porte à plusieurs autres commandes de conception de pagnes.

Une création réalisée au départ dans un cadre communautaire commençait ainsi à devenir une compétence que d’autres étaient prêts à solliciter.

Cela peut sembler anecdotique.

Pour moi, ça ne l’était pas.

C’était la preuve qu’un travail de communication pouvait produire des signes visibles d’appartenance, mais aussi créer de nouvelles opportunités.

Nous avons également entrepris de réhabiliter la bibliothèque locale, qui n’existait pratiquement plus.

Là encore, la communication a joué son rôle.

Grâce aux connexions que nous avions établies avec les anciens du quartier vivant en Europe, nous avons pu mobiliser des ressources.

Je me souviens notamment de M. Gabriel Katuvadioko, qui avait fait acheminer un lot de plus de 500 ouvrages pour contribuer à la remise en état de la bibliothèque.

Je le cite volontairement, parce que je crois qu’il faut aussi savoir reconnaître et encourager les personnes qui rendent possibles ce genre d’initiatives.

Et quelques années plus tard, lorsqu’il me demanda d’illustrer l’un de ses ouvrages, je n’hésitai pas.

Pour ceux qui voudraient découvrir son travail, voici notamment l’ouvrage que j’ai eu l’occasion d’illustrer : « La célébration liturgique » de Gabriel Katuvadioko

Pour revenir à *Moninga*, à ce moment-là, nous ne faisions plus simplement un bulletin.

Nous étions en train de créer un petit écosystème communicationnel.

Un bulletin.

Une équipe.

Une bibliothèque.

Une identité visuelle.

Des connexions avec les anciens du quartier.

Et surtout, un réseau de personnes qui avaient désormais quelque chose à raconter et un moyen de le partager.

Une petite expérience qui commençait à compter

À chaque rencontre diocésaine, lorsqu’arrivait le moment de faire le bilan des activités des différentes commissions, nous avions toujours quelque chose à raconter.

Pas parce que nous étions meilleurs que les autres.

Mais parce que nous avions expérimenté.

Nous avions essayé.

Nous avions produit.

Et nous avions appris en faisant.

Dans *Moninga*, nous parlions de l’histoire de la communauté, de la vie des différentes commissions, des initiatives positives, mais aussi de choses très concrètes de la vie quotidienne.

Un membre pouvait, par exemple, annoncer qu’il mettait tel service à la disposition des autres.

Le bulletin était bilingue, français et lingala.

Et, sans que nous en ayons réellement conscience à l’époque, nous étions déjà en train de pratiquer quelque chose qui allait devenir beaucoup plus tard une partie importante de mon parcours professionnel : utiliser la communication pour créer du lien, faire circuler l’information, valoriser les initiatives et mobiliser une communauté.

C’était encore artisanal.

C’était bénévole.

C’était essentiellement le dimanche.

Mais c’était déjà du militantisme communicationnel.

Et surtout, c’était une école extraordinaire.

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